Mon supérieur ne me répond plus…

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Le « ghosting », une pratique de plus en plus courante dans les entreprises.

Tout d’abord, qu’est-ce que le « ghosting »? Comme le nom l’indique, il signifie la disparition complète de la personne avec qui l’on entretenait une relation. La personne se change en fantôme, ne se manifeste plus, ni par courriel ni par texto, et choisit de couper tout contact sans préavis. Une façon de cesser une relation sans se poser trop de questions, sans s’expliquer, sans vivre le côté désagréable de mettre fin à une relation.

Le phénomène en soi ne date pas d’hier, mais a été popularisé plus récemment avec l’arrivée des réseaux sociaux et des nouvelles applications qui ont permis de mettre fin à des relations plus facilement que jamais, derrière son petit écran, sans faire face aux conséquences. Même si le phénomène est surtout reconnu au niveau des relations interpersonnelles, il est maintenant possible de le remarquer au niveau professionnel. Des recruteurs qui ne donnent pas suite, un supérieur qui ne répond pas aux questions de son personnel, ou même un employé qui évite systématiquement de donner des informations à ses collègues ou à ses superviseurs. Désormais, plus personne n’est à l’abri de ce nouveau fléau des temps modernes. Et quand il s’agit d’un « ghosting » au niveau professionnel, les conséquences peuvent parfois s’avérer plutôt désastreuses pour la réputation de l’entreprise en question.

La nouvelle façon de faire de l’évitement

Aujourd’hui, plus rien n’y échappe. Une entreprise vous demande de lui envoyer une soumission pour un mandat? Elle ne vous donne plus signe de vie après la réception de votre document qui vous a pourtant pris une semaine complète à rédiger. Même pas un petit retour pour au moins vous remercier de votre travail.

C’est la même chose pour ce recruteur qui vous a promis de vous contacter une semaine après votre entrevue afin de vous dire si vous êtes choisi ou non. On finit par ne jamais vous donner de nouvelles en espérant que vous allez passer à autre chose bien vite.

Ou que dire des employés nouvellement embauchés qui vous promettent de rentrer en poste le premier du mois, mais qui, finalement, disparaissent de la carte dès le moment venu? Une situation décourageante qui coûte très cher aux employeurs et qui rend le processus d’embauche infiniment plus laborieux.

Force est d’admettre que nous en sommes tous coupables à un certain degré, que ce soit vraiment voulu ou non. Mais pourquoi s’en résoudre au « ghosting » alors qu’il serait probablement plus apprécié par tout le monde de simplement laisser un petit message qui pourrait tout résumer en quelques phrases? Voilà la réelle question.

 Succomber à la facilité

La réalité c’est que faire du « ghosting », c’est tellement facile et accessible pour tous. L’inaction est infiniment plus séduisante que prendre part à de réels efforts pour rédiger un message et faire un suivi complet avec une personne. Et la plupart du temps, lorsqu’on fait du « ghosting », il y a un désintérêt qui accompagne notre inaction. En effet, on décide que le candidat ne fera pas l’affaire, qu’une certaine situation ne mérite pas d’être modifiée, que la soumission ne répond pas à nos besoins, que le poste n’en vaut pas la peine, etc. En gros, on détermine d’avance qu’il n’y a plus de suivi à faire par rapport à une certaine situation puisqu’on sait déjà que l’on ne poursuivra pas les choses plus loin. On ne veut pas devoir d’explication ou de justification, on veut simplement passer à autre chose le plus rapidement possible sans faire trop de vague.

Cependant, en prenant cette décision, on tient rarement compte de l’autre personne qui attend un retour de notre part sous une forme ou une autre. On ignore le temps, l’énergie et les efforts investis dans l’entretien de cette relation professionnelle, tout simplement, car ça nous rend la vie plus facile sur le coup. Mais est-ce que le « ghosting » est vraiment une bonne habitude à prendre d’entrée de jeu?

Des répercussions sur l’image de l’entreprise

Au-delà de la gratification instantanée reliée à l’idée de couper les ponts avec quelqu’un sans jamais redonner de nouvelles, il y a aussi des conséquences qui sont rattachées à cette inaction. La plus évidente étant l’image de l’entreprise qui peut en écoper de façon indirecte. Car même si ce ne sont jamais ou rarement  les clients qui sont ignorés dans un processus de « ghosting », les répercussions peuvent quand même se rendre jusqu’à eux par défaut. En effet, le bouche-à-oreille existe encore et peut certainement laisser un impact négatif sur une entreprise qui ne prend pas assez au sérieux sa relation avec ses employés, ses candidats, ses collaborateurs, etc.

Un recruteur qui n’offre aucun retour à ses candidats après une entrevue, par exemple, peut facilement se faire rouler dans la boue à force d’accumuler des plaintes à ce sujet. L’entreprise en question devra alors nettoyer les pots cassés et tenter de justifier pourquoi il y a eu négligence à ce sujet. Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres, mais le constat est le même : moins on prend soin de nos relations professionnelles, plus l’image de l’entreprise en écope en fin de compte. Le « ghosting » fait paraître quiconque comme une personne qui se soucie très peu des autres, qui ne gère pas bien son temps ou qui ne tient pas ses promesses. Et personne n’a envie de faire confiance en une entreprise qui reflète cette image-là.

Alors que faire pour y remédier? L’idéal serait de tout simplement maintenir ses promesses et d’agir conséquemment, peu importe à qui nous devons un suivi. Même si la réponse est négative, il vaut mieux prendre quelques minutes de son temps pour mettre ça au clair plutôt que de laisser l’autre personne faire ses propres déductions. Au final, cela permet au moins de boucler la boucle et de mettre fin aux attentes de la personne qui attend de nos nouvelles. Et la personne en question appréciera assurément le retour, même si négatif, plutôt que le silence.  Il y aura au moins une forme de respect qui naître de cet échange, au lieu d’une grande confusion ou même d’une frustration qui prendra peut-être de l’ampleur.

Mais évidemment, cela est plus facile à dire qu’à faire. Le « ghosting » reste un réel problème, il reste à voir maintenant si la satisfaction que l’on retire d’ignorer les autres sans donner de retour en vaut vraiment le prix payé.

Francine Léveillé, psychosociologue, M. Éd

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