Le fossé existant entre le marché du travail et le trouble du spectre de l’autisme

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Dans mon entourage immédiat, je connais une personne qui a le syndrome d’asperger. Il s’agit d’un trouble du spectre de l’autisme caractérisé principalement par un manque de socialisation et de communication. En bref, cette personne a de la difficulté à bien communiquer avec les autres, ce qui a un impact direct sur sa vie sociale, amoureuse et professionnelle. Ayant vu cette personne évoluer au fil des années, j’ai pu assister en premier plan à sa réalité difficile parsemée d’embûches. C’est quelqu’un d’extrêmement intelligent, attentif, rigoureux et travaillant. Il cumule les diplômes dans toutes sortes de domaines nécessitant plusieurs années d’études. Le seul hic? Il n’arrive pas du tout à se vendre lorsqu’il arrive à une entrevue d’embauche. En effet, le syndrome d’asperger vient avec des limitations communicationnelles qui font en sorte que celui-ci n’arrive tout simplement pas à bien s’exprimer verbalement ni à montrer des émotions telles que la joie, la peur, la déception ou la colère. Vous comprendrez bien que cela n’a strictement rien à voir avec ses compétences professionnelles ni ses valeurs ou son intégrité au travail.

Cependant, certains recruteurs et employeurs n’arrivent pas à voir au-delà de ce qui est projeté par cette personne au premier regard. Comme vous le savez, c’est souvent la première impression qui dicte le futur d’un entretien d’embauche. On recherche toujours une personne dynamique, sociable, fonceuse, charismatique, capable de travailler en équipe et j’en passe. Il s’agit souvent du modèle ultime pour trouver le candidat idéal. On veut nécessairement une personne qui dégage de la confiance et de l’assurance pour bien représenter l’organisation dans tous ses projets. Et évidemment, la personne que je connais ne répond pas vraiment à ces critères d’exigences hautement estimés sur le marché du travail. Contrairement à cet « idéal » prôné par un grand nombre de professionnels, ma connaissance se contente de répondre aux questions demandées sans passer par quatre chemins. Il ne fera pas de petit numéro pour se vendre aux recruteurs. Il ne fera pas semblant d’avoir une personnalité à tout casser juste pour obtenir un poste. Non, au lieu de ça, il va simplement parler de ce qu’il connaît et espérer que ses compétences dans le domaine seront suffisantes pour lui laisser une chance. Malheureusement, ce n’est pratiquement jamais le cas et les recruteurs lui préfèrent toujours un autre candidat avec une personnalité plus engageante. Cela fait donc en sorte que cette personne ne parvient toujours pas à se trouver un emploi stable après plusieurs années de recherche. Et pourtant, il est très qualifié dans ce qu’il fait et il possède aussi beaucoup de qualités qui sont très valorisées par les employeurs. Je parle ici de la fiabilité, la loyauté, l’intégrité, le respect des règles et l’engagement. Cependant, ces qualités ne peuvent qu’être mises en avant qu’une fois en poste, ce que ma connaissance n’arrive pas à atteindre malgré tous ses efforts.

Puis je trouve ça dommage qu’encore aujourd’hui les personnes atteintes d’autisme doivent remuer ciel et terre pour faire valoir leur place. Que même si les compétences et les connaissances sont bien présentes, ils devront quand même faire face à beaucoup de refus seulement à cause de leur différence. De toute évidence, la personne que je connais ne peut pas se transformer en quelqu’un qu’il n’est pas. Il aura toujours des limites imposées par le syndrome d’asperger et il ne pourra jamais changer sa réalité pour se mouler aux attentes des autres. C’est donc pour cette raison que je crois qu’il serait important d’élargir nos champs d’horizon et d’accepter qu’un bon employé puisse être différent de la norme imposée par le marché du travail. Une personne autiste possède certainement le potentiel de devenir un excellent travailleur s’il obtient la chance de faire ses preuves. Je pense donc qu’il est grand temps d’ouvrir nos esprits aux différences de tous et chacun et de miser sur les compétences d’une personne au lieu de ce qu’elle projette comme personnalité en entrevue d’embauche. Plusieurs entreprises sont déjà conscientisées à la réalité du trouble du spectre de l’autisme mais cela n’est toujours pas suffisant à réellement faire changer les choses.

Donc, pour supporter cette cause qui me tient à cœur, nous remettons désormais 2$ à la Fédération québécoise de l’autisme par offre d’emploi affiché sur notre site internet. Nous désirons sensibiliser un grand nombre d’entreprises à cette réalité et faire circuler le message qu’une personne autiste mérite aussi sa chance de percer sur le marché du travail avec ses propres ressources.

 

Audrey Léveillé-Huot, B.A

Psychosociologue